Les traders travaillent sur le parquet de la Bourse de New York
par Diana Mandia
Les Bourses européennes ont terminé en nette baisse vendredi, malmenées par les craintes que la guerre au Moyen-Orient ne se prolonge et n'entraîne une hausse durable des prix du pétrole avec des conséquences sur l'inflation et la politique monétaire.
Cette perspective a conduit les marchés d'actions à leur pire semaine depuis avril 2025, lors des turbulences boursières provoquées par l'annonce de droits de douanes massifs par la Maison blanche.
À Paris, le CAC 40 a perdu 0,65% à 7.993,49 points. À Francfort, le Dax a reculé de 1,13% et à Londres, le FTSE 100 a abandonné 1,24%.
L'indice EuroStoxx 50 a fini sur une baisse 1,28%, le FTSEurofirst 300 de 1,01% et le Stoxx 600 de 1,10%.
Sur la semaine, le CAC 40 a abandonné 6,84%, tandis que le Stoxx 600, l'indice de référence paneuropéen, a perdu 5,63%.
Le scénario d'une guerre prolongée au Moyen-Orient effraie les investisseurs, qui ne voient aucun répit dans l'envolée des prix du pétrole depuis le début de l'opération militaire israélo-américaine contre l'Iran, qui s'est désormais étendue au Liban et aux pays du Golfe, une région clé pour l'approvisionnement énergétique de l'Europe et de l'Asie.
Le président américain Donald Trump a exigé vendredi sur son réseau social la "capitulation sans condition" de Téhéran, des déclarations qui pourraient éloigner la perspective d'une négociation pour une fin rapide du conflit et, par conséquent, d'une accalmie des prix du brut, qui ont enregistré cette semaine leur plus forte augmentation depuis le printemps 2020, en pleine pandémie de COVID-19.
Le baril de Brent a franchi vendredi la barre des 90 dollars pour la première fois depuis avril 2024 et gagnait encore 8% à 92,25 dollars vers 16h58 GMT. Le brut léger américain (West Texas Intermediate, WTI) grimpe quant à lui de 11,12% à 90,02 dollars.
La flambée des prix inquiète les investisseurs en raison de son potentiel à raviver l'inflation et, par conséquent, à orienter la politique monétaire vers une approche plus restrictive que prévu, y compris celle de la Réserve fédérale américaine (Fed) et de la Banque centrale européenne (BCE).
Bastien Drut, responsable de la stratégie et des études économiques chez CPR AM, note toutefois que l'économie mondiale s'est progressivement désensibilisée aux cours du pétrole au fil des dernières décennies, grâce notamment à une meilleure efficacité énergétique, à l'électrification des usages et aux politiques environnementales.
"C'est notamment cela qui a permis aux pays développés de traverser le passage du baril de pétrole au-dessus de 100$ lors de la crise énergétique de 2022 sans connaître de récession", écrit-il dans une note, en référence à la hausse des prix provoquée par l'invasion de l'Ukraine par la Russie il y a quatre ans.
Les données sur le marché du travail américain, qui a détruit des emplois de manière inattendue en février, compliquent encore davantage l'équation pour les investisseurs, renforçant leurs doutes sur l'état de l'économie.
"Les chiffres de vendredi pourraient avoir placé la Fed entre le marteau et l'enclume", a déclaré Ellen Zentner, stratège chez Morgan Stanley Wealth Management.
"Un affaiblissement significatif du marché du travail justifierait une baisse des taux, mais compte tenu du risque que des prix du pétrole élevés pendant une période prolongée puissent déclencher une nouvelle flambée de l'inflation, la Fed pourrait se sentir obligée de rester en retrait", ajoute-t-elle.
Sur le front commercial, l'agence américaine des douanes prépare un système de traitement des remboursements de droits de douane qui sera opérationnel dans 45 jours, selon un document déposé auprès du Tribunal international du commerce.
VALEURS
La défense européenne s'est distinguée vendredi avec une hausse de 1,06%, dans un contexte d'intensification et d'extension du conflit au Moyen-Orient.
Les actions du secteur énergétique ont fini sur un gain de 0,47%, portées par la hausse des prix du pétrole.
Le reste des secteurs, des banques (-1,74%) à la technologie (-2,11%) en passant par l'industrie chimique (-1,86%) ont fini dans le rouge.
A WALL STREET
A l'heure de la clôture en Europe, le Dow Jones perdait 1,07%, le Standard & Poor's 500 1,00% et le Nasdaq Composite 0,81%.
Les actions américaines ont toutefois mieux performé que leurs homologues asiatiques et européennes cette semaine, les États-Unis, exportateurs nets de pétrole, étant perçus comme étant mieux protégés contre les chocs énergétiques.
LES INDICATEURS DU JOUR
Outre le rapport mensuel sur l'emploi, les investisseurs ont connu vendredi les données sur les ventes au détail aux Etats-Unis, qui ont baissé de 0,2% d'un mois sur l'autre en janvier, moins que prévu.
Dans la zone euro, l'économie a connu une croissance inférieure aux estimations initiales au quatrième trimestre de 2025, selon les chiffres définitifs publiés par Eurostat.
CHANGES
Le dollar perd 0,41% face à un panier de devises de référence, les données sur l'emploi ayant renforcé les paris d'une baisse des taux d'intérêt par la Fed.
Au cours de la semaine, le dollar a regagné un certain élan, l'escalade du conflit au Moyen-Orient ayant stimulé la demande d'actifs refuges.
L'euro grappille 0,02% à 1,1609 dollar.
TAUX
Les craintes inflationnistes ont conduit les rendements obligataires de la zone euro à leur plus forte hausse hebdomadaire depuis mars 2025, lorsque l'Allemagne avait annoncé son intention d'augmenter considérablement ses dépenses budgétaires.
Le rendement du Bund allemand à dix ans a pris 1,3 point de base à 2,8644%, pour un gain hebdomadaire d'environ 20,8 points, tandis que celui de l'obligation à deux ans a pris 5,2 points de base à 2,3089%.
Les marchés monétaires tablent désormais sur une probabilité de 60% d'une hausse des taux de la BCE à la fin de l'année.
Au Royaume-Uni, les rendements Gilt à cinq et dix ans ont connu leur plus forte hausse hebdomadaire depuis le "mini-budget" de l'ancienne Première ministre Liz Truss il y a plus de trois ans.
Le marché obligataire est plus volatil aux Etats-Unis vendredi, partagé entre craintes sur l'inflation et les doutes sur le marché du travail. Le rendement des Treasuries à dix ans recule de 1,6 points de base à 4,1305%, tandis que celui de l'obligation à deux ans perd 5 points de base à 3,5481%.
A SUIVRE LE 9 MARS : [nL8N3ZU12S ]
(Certaines données peuvent accuser un léger décalage)
(Rédigé par Diana Mandiá)

1 commentaire
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire.
Vous êtes déjà membre ? Connectez-vous
Pas encore membre ? Devenez membre gratuitement
Signaler le commentaire
Fermer